Le rap Old School, retour en force de la part des maîtres du mainstream

Un peu avant l’été 2017, Kombini nous dévoilait un article sur un fait de musique très actuel : la fin d’un hiphop oldschool. Comme le soulignait Joey Bada$$, aujourd’hui, faire un album entièrement oldschool serait impossible.

« Bouffés » par la trap, l’autotune et autres artifices qui affolent les auditeurs, beaucoup de rappeurs ne prennent carrément plus de plaisir à créer des morceaux faits « à l’ancienne ». Et ce à mon plus grand regret. Quand j’écoute à nouveau la première mixtape de Joey Bada$$, 1999, je me dis que c’est tout de même dommage. Car même si en 2017 ce dernier nous a offert l’album ALL-AMERIKKKAN BADA$$, qui regorge de bons morceaux, on est quand même loin de Snakes en featuring avec T nah Apex, par exemple.

 

Mais alors, venons en au vif du sujet. Je n’aurais jamais cru qu’un de mes plus fidèles amis me dise un jour « ça va t’étonner mais, est-ce que tu as écouté le dernier album de Jay Z ? ». Autant vous dire que le doute s’est installé très rapidement, mais s’en est allé tout aussi vite !

 

4:44, l’heure à laquelle le mari de Queen B aurait composé ce morceau, dédié à sa belle dulcinée, et même au final nom de l’album. Samplé grâce au titre sorti en 2016 « Late Nights & Heartbreak » par Hannah Williams & the Affirmation, on rentre alors complètement dans le style oldschool en question.

Impression de retour aux sources, avec une voix soul en bande-son remixée comme ça aurait dû être fait. Dans 4:44, monsieur Jay Z s’excuse auprès de sa belle pour son comportement, personnellement, je lui dis plutôt merci. Si c’était pour en arriver là !

 

 

La globalité des morceaux s’écoute plutôt bien, mais pour notre sujet on va s’appuyer sur un autre titre fort de ce nouvel album : The Story Of OJ. Qui relate donc l’affaire de O.J Simpson, ancien footballer Américain accusé de double meurtre en 1994. Un morceau sur le racisme, si on veut la faire courte. Cette fois, c’est Nina Simon qui pose sa voix sur le sample, encore plus remixée que la précédente. Mais cette touche de soul, le beat lent, tout est là pour nous faire apprécier un rap qui se rapproche définitivement plus du oldschool que du mainstream. Pour apprécier l’oeuvre dans sa totalité, le visionnage du clip va encore en réjouir quelques-uns. Et moi la première ! Réalisée sous forme d’animation, la vidéo met en scène un homme  noir, « changé » et adapté à tout type / genre de « nigga ». Un style de dessin complètement oldschool, type vieux dessin animé. Une totale.

Erreurs de parcours, acceptation de l’homosexualité, si votre curiosité vous pousse à l’écoute de cet album, voilà d’autres sujets qui seront abordés.

 

Nos deuxièmes champions, attention mesdames et messieurs, le retour, pourtant tellement peu attendu, des Black Eyed Peas. Ceci n’est pas rêve, pas une hallucination auditive, mais bien un retour aux vieilles valeurs et manière de rapper de ces derniers, avec ce titre « Street Livin ». Fergie reste pour l’instant absente,  et une fois de plus si c’est pour que ça donne ça, tant mieux !

 

 

À croire que la montée du racisme les a poussés à revenir en 2003, l’époque d’Elephunk, quand tout allait encore très bien dans les studios de Black Eyed Peas.

 

 

 

Pour ma part, je trouve que cela tient du miracle. Ça va bientôt faire 10 ans qu’ils s’étaient tu, et on ne se demande pas pourquoi. Je les croyais perdus entre deux tracks d’EDM sur les plages de Floride (j’étais partie un peu loin), mais non ! Retour en force avec un morceau encore plus old school que Jay Z pour le coup.

 

Will.i.am, Apl.de.ap et Taboo posent leur voix sur une bande-son de trompette samplée de Pouca Duraçao. Leur version, beaucoup plus lente, plus dure et poignante, relate la cause des personnes noires en général. La situation actuelle du monde est si déplorable sur ce point-là, que le trio (et noyau dur du groupe à la base) revient donc en 2018. Pour eux aussi, à leur tour, il fallait laisser leurs traces et s’exprimer sur un sujet censé toucher, tout le monde.

Les trois rappeurs sont très sobres, simplement là pour énoncer des faits. Les voix accompagnées de paroles quand même assez dures, viennent nous claquer dans les oreilles et déclencher le petit mouvement de tête.

Black Eyed Peas made in 2018, on espère un album très prochainement, et qui suivra la ligne old school tracée par ce premier single.

Pour finir je dis donc non ! Non, le rap oldschool n’est pas censé disparaître parce que ce n’est pas ce qu’attendent les auditeurs. Quand les membres de Led Zeppelin déboulaient et se déchaînaient sur les scènes à partir de 1969, ils avaient carrément cassé les codes de base et choqué bon nombre de fans. Pourtant aujourd’hui, on leur dit (encore) merci.

Je terminerai avec les derniers mots de Street Livin :

« You can get fucked by the system

Or you can say « fuck the system ».

La nouvelle vague française pleine de peps et d’amour

Depuis quelques années, nous assistons à un phénomène rare et assez discret, mais qui pourtant commence à attirer l’attention. De jeunes Français débarquent dans la musique avec des sonorités nouvelles et, attention scoop…..ils chantent en Français.

Parler Français tout en étant français ? Assez banal me direz vous, et pourtant nous avons assez de peine à trouver des groupes ou artistes (émergeants) qui assument la langue considérée comme la plus romantique du monde.

Une musique électro-pop sensuelle, des paroles qui, comme le dit Vendredi sur mer dans les filles du désirs : pue l’amour.

On part dans un monde plein de pureté, de douceur aux couleurs pastel et rassurantes.

Exit la ballade qui fait pleurer, le rock électrique qui active notre flux sanguin et nous fait serrer la mâchoire de colère. Avec ce style musicale nous sommes plutôt installé dans un bus, la tête contre la vitre à regarder les paysages, direction les vacances avec le sentiment de vivre l’histoire d’amour, plus compliquée que celle de twilight.

Cette frenchie touch, se traduit comme des sonorités légères mais puissantes, grâce à l’utilisation des paroles. Comme une poésie celles ci sont appliquées sur une instrumentale répétitive mais entrainante, comme si elles nous étaient directement chuchotées à l’oreille.

On s’attarde sur les paroles dès la première écoute car elles sont généralement assez riches en texte et on prend plaisir à prêter attention à l’histoire que l’on nous raconte, que dis-je , que l’on nous susurre.

Pour vous introduire, ou non, à ce nouveau genre voici quelques noms à retenir car on pourra bientôt se la peter en soirée avec un fameux: « Quoi ? Tu ne connais pas ? Pourtant j’écoute ca depuis tellement longtemps. »

Paradis, c’est pour moi le groupe émergeant de ce « mouvement » ayant le plus percé.

Avec leurs influences très prononcées d’Etienne Daho et de Depeche mode, sur certaines sonorités instrumentales, le groupe ajuste des sons des années 80 pour leur ajouter de la mélancolie de 2017 ainsi qu’une envie d’entrer dans la fièvre du dancefloor.

Le groupe a su faire sa place sur la scène Française mais aussi internationale. Une musique dansante, planante, vacancière, amoureuse nous transporte.

Paradis manie la langue Française, en joue sur ses paroles, ils nous susurrent des mots doux à l’oreille qui nous font frissonner.

C’est donc une ode à la rêverie en plein été qui séduit chaque âme charitable qui se lance dans l’écoute de leur musique.

Les clips s’exposent avec de nombreuses influences vintage, beaucoup de ralentis, de femmes et de passion.

Vendredi sur Mer : étoile montante venue du sud, Charline Mignot débute une carrière pleine de potentiel et de charisme. Un univers affirmé, ses chansons s’écoutent à la suite, comme une histoire, peu importe l’ordre. Elle nous transporte dans son monde plein de mélancolie et d’émotions. Ses clips sont très travaillés et adaptés à chaque titre/histoire.

La femme à la peau bleue est un titre que je considère comme une ode à la femme. Marqué par un clip très original mais aussi avec une esthétique très fine, Vendredi sur Mer manie la musique et le style avec perfection et sait très bien s’entourer pour la réalisation de ses clips, notament avec la photographe Alice Kong, Thekongcept sur instagram.

Bleu toucan, duo  émergeant du même label que vendredi Sur Mer, qui contient d’ailleurs des pépites, surfent sur cette vague de vacances, bon ok…Ils ont chanté en Anglais mais leur chanson Hanoï café se classe parfaitement dans ce style de pop à la Française avec un clip tourné dans un karaoké plein de couleurs et de décontractitude.

Lewis of Man : cet artiste auto-produit, créateur de mélodies touchantes dit

 s’inspirer des bandes originales de films italiens des années 70. Il nous

 envoute par ses morceaux planants qui nous transportent dan

s un univers vaporeux aux sonorités parfois enfantines.

Ces nouveaux artistes touchent aussi l’international, ils incarnent la légèreté à la Française, ou comment être adepte du « être stylé sans trop d’effort ».

Une nonchalance sophistiquée qui touche les émotions, tristesse ? joie ? mélancolie ? C’est à nous d’en décider et d’interpréter les histoires qu’ils nous suggèrent et qui finalement, nous laissent une part d’imagination dans leur interprétation.

Evidement je ne site que très peu d’artiste, il en existe bien plus qui nous proposent du contenu visuel et auditif d’une aussi belle qualité. Maintenant, à vous de les découvrir.

 

Jazz Fusion (Partie 1) : Hip-hop

Ah le Jazz, ou plutôt le « jââzze » si on veut vraiment s’enterrer dans l’élitisme de ce mouvement musical pourtant si divers, est en fait un style apte à réjouir beaucoup plus d’oreilles qu’on ne le pense !

Après que ce style ait fait danser l’ensemble des Afro-américains d’Amérique du Nord au début du 20ème siècle, des « petits » visionnaires de l’époque auront vite compris que l’on pouvait peut-être ouvrir ce style musical à bien d’autres genres.

Miles Davis

Et c’est notre bon vieux Miles Davis qui nous ouvrira la porte du Jazz Fusion : le jazz incorporé dans un autre style musical. En 1964 il nous offrira une lourde collaboration (avec Wayne Shorter, Ron Carter, Herbie Hancock et Tony Williams) qui sera déjà tournée vers des influences rock. Les instruments électriques rock et le rythme & blues sont alors déjà approchés. 

Miles Davis… Combien de fois devrions-nous le remercier, sans rire, il aura su pousser ce style bien plus loin que ses collègues n’auraient osé le faire… Mais où en serions-nous alors aujourd’hui ?!  Le garçon était tellement ouvert que son penchant pour les expérimentations rock – guitare de Jimi Hendrix l’aura poussé à prendre rendez-vous avec ce dernier pour réfléchir à une possible collaboration… Dommage, Jimi mourra la veille de la rencontre. 

Je ne vais ni vous refaire la biographie, ni la discographie des plus grands Jazz men ayant aidé à l’envolée du Jazz, car ici on va surtout pointer du doigt le Hip-Hop. Depuis les années 90, ce style musical nous aura plus que jamais prouvé que l’alliance de ces deux genres était presque… inévitable !

Liberté, esprit rebelle et compréhension de l’autre, telles sont les connotations qui rapprochent durement le Jazz et le rap / Hip hop. Rien qu’avec leurs valeurs communes on avait déjà matière à faire. Et on dira merci aux samples (petit extrait instrumental d’un autre morceau incorporé dans le morceau en question) qui ouvriront la voie à de nouvelles possibilités.

Block Party

Après les Block Parties (soirées de quartier) de Dj Kool Herc en 1970 qui auront fait danser tout le voisinage pendant des années grâce à ses deux platines, les groupes de rap continuent de se multiplier et les tentatives d’originalité fusent dans tous les sens.

Block Party
Grand Wizard Theodore

Et pourtant ! C’est par pure inadvertance que Grand Wizard Theodore découvrira ce qu’on appelle le Scratch.

Un doigt touchera malencontreusement un disque en pleine lecture, et un tout nouveau style verra le jour. Les années passent, le scratch se voit pousser des ailes et les samples old school recouvrent la scène Hip-hop.

Du coup, le Jazz Fusion avec le Hip-hop, merci qui ?

Et bien merci au duo originaire de Boston, Gangstarr ! Il remaniera les codes et aura l’intelligence de démocratiser le Jazz à travers l’album « No More Mr Nice Guy » en 1989. La puissance de la voix de Guru et la profondeur du Jazz se mêlent alors, à la perfection. Plus de doute, il était temps pour certains autres d’en faire de même. Nous sommes en 2017, et je vous rassure, l’engouement du Hip-hop pour le Jazz n’a pas changé.

Gnag Starr

À qui on dit encore merci

La décennie qui suivra l’album de Gangstarr sera des plus fructueuses. A Tribe Called Quest sortira le presque légendaire « The Low End Theory » en 1991, qui sera certifié disque de platine et qui ancrera leur talent à tout jamais.

En 1993, Guru sort son deuxième album et premier de ses 4 volumes Jazzmatazz. On y entend Mc Solaar déposer ses impressionnantes tirades, et je ne doute pas du fait que sa dextérité à déblatérer ses pensées plus vite que son ombre a dû boucler le bec à plus d’un Nord-américain. Dans le deuxième volume même Jamiroquai sera de la partie pour réunir Hip Hop, et Jazz.

Common et « Resurrection » reconnu comme un des « meilleurs 100 albums de rap », The Roots avec « Do You Want More?!!!??! » en 1995 reconnu par les critiques comme un classique du Jazz Rap, etc… Nos piliers du Hip-hop ne s’arrêtent plus.

 

En France, c’est le groupe Hocus Pocus, présents sur la scène musicale depuis 1995 et à moitié membres de C2C, qui a toujours su jouer des deux styles. Tandis que les Dj posent des instrumentales soignées, 20syl, le rappeur, déroule ses textes tout aussi qualitatifs que la production réalisée autour. En 2002 le groupe nous prouve que le Jazz a largement sa place au sein des lignes de rap avec l’EP « Acoustic HipHop Quintet », édité grâce à leur victoire au concours MCM Session la même année.

Les cuivres

 

Non Prophets – Hope

Entre 2003 le duo américain Non Prophet revisite la trompette à sa manière dans le titre « The Cure ». De base bizarrement assez sombre et avec une cadence un peu spéciale, le génie du cuivre arrive à rendre ce morceau hypnotique et addictif. Si vous préférez malgré tout le son de la guitare classique, je vous conseille d’écouter « Tolerance Level » du même album.

Cunninlynguists.

Je préfère vous laisser le temps de bien prononcer ce nom car ce serait sympa pour vous de le retenir si vous ne les connaissez pas encore, et que vous êtes des amateurs de Hip-hop. En 2006, ce trio (toujours) américain nous produit cette perle qu’est « A Piece Of Strange », le genre d’album qu’on écoute du début, jusqu’à la fin. Je considère vraiment cette album (et même tous les autres) comme une oeuvre à part entière. La musique en tous genres est mise à l’honneur et les instruments changent constamment, les univers et les atmosphères sont juste incroyables. Revenons à nos moutons, je m’emporte. Dans l’album « A Piece Of Strange », le morceau « Beautiful Girl » fait péter les cuivres et s’inscrit comme un des morceaux les plus iconiques de l’album. Le morceau suivant est un interlude qui, en plus, sample cette fois Hip-hop, Jazz… et Rock ! Je me suffirai de ça pour vous glisser une dernière fois l’idée d’écouter toute leur discographie, oui, vraiment tout.

 Et maintenant ?

Après que le groupe français Jazz Liberatorz ait enflammé une première fois le Jazz Fusion avec son album « What’s Real » sorti en 2003 , « Clin d’Oeil » (2008) et « Fruit Of The Past » (2009) prouvent définitivement que les Jazz Liberatorz font bien partie des rois de ce mélange de genres. Ayant littéralement « saigné » ces deux derniers albums je donne une fois de plus mon approbation quant à l’écoute complète de leur discographie ! Ça coule tout seul, à fond comme en fond et c’est bien souvent apprécié.

 

Wax Tailor

 

Télérama a aussi soulevé le mouvement Jazz Fusion avec Wax Tailor en 2011 suite au Festival de Montréal.

 

 

Dans l’enregistrement, ce producteur de musique en herbe soulève l’ouverture de certains festivals de Jazz à d’autres styles de musique, et souhaitait profondément qu’à l’inverse, les festivals de rock ou autres, s’ouvrent eux aussi au Jazz. Personnellement, depuis 2013 je ne trouve toujours pas le Jazz très présent sur les scènes de festivals.. On croise toujours les doigts pour que certains artistes décident de s’ouvrir, eux d’abord, à ce style musical encore trop éloigné des préférences générales. Cependant, les affiches de festivals de Jazz se multiplient et montrent qu’en retour, ce genre continue lui de s’ouvrir.

 

Rejjie Snow

Heureusement on peut encore compter sur quelques artistes pour nous faire profiter de ce fameux mélange. Rejjie Snow, rappeur Dublinois, continue encore aujourd’hui, et ce depuis 2011, d’insérer des codes Jazz à ses morceaux. Ses deux premiers albums « Fish & Chips » et « Rejovich »  (top Itunes Hip-hop devant Kanye West et J. Cole en 2013) utilisent à chaque track aussi bien les cuivres que les claviers. Et encore aujourd’hui, son morceau « D.R.U.G.S », bien que plus dans l’air du Hip-hop actuel, continue de reprendre quelques combinaisons de piano Jazz.

2017, retour aux choses sérieuses puisque très actuelles. En février est sorti un coffret, « Blue Break Beats », regroupant l’ensemble des morceaux Jazz ayant inspiré le Hip-hop. Preuve que nos rappeurs français, comme internationaux, n’ont pas chômé depuis le temps !

Mais la vraie bonne nouvelle, c’est que nous avons notre leader du Jazz / Hip-hop pour définitivement réussir à soulever cette mixité : Robert Glasper.

Producteur, rappeur et surtout pianiste Jazz, il met à profit sa culture et sait se montrer très généreux quand il s’agit d’expliquer, et de démontrer les ressemblances entre le Jazz et le Hip Hop. Il disait déjà en 2011 « Make Jazz Cool Again ». Du coup, la chaine Youtube « Jazz Night In America » nous a offerts il y a 7 mois de ça, une vidéo de 3 minutes, présentée par Robert Glasper en personne, nous expliquant de manière hyper ludique les comparaisons entre plusieurs morceaux Jazz, et Hip-hop. Le titre ? « Jazz Is Mother Of Hip-hop ».

Allez, bonne écoute !