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Les zooms

Jazz Fusion (Partie 1) : Hip-hop

Ah le Jazz, ou plutôt le « jââzze » si on veut vraiment s’enterrer dans l’élitisme de ce mouvement musical pourtant si divers, est en fait un style apte à réjouir beaucoup plus d’oreilles qu’on ne le pense !

Après que ce style ait fait danser l’ensemble des Afro-américains d’Amérique du Nord au début du 20ème siècle, des « petits » visionnaires de l’époque auront vite compris que l’on pouvait peut-être ouvrir ce style musical à bien d’autres genres.

Miles Davis

Et c’est notre bon vieux Miles Davis qui nous ouvrira la porte du Jazz Fusion : le jazz incorporé dans un autre style musical. En 1964 il nous offrira une lourde collaboration (avec Wayne Shorter, Ron Carter, Herbie Hancock et Tony Williams) qui sera déjà tournée vers des influences rock. Les instruments électriques rock et le rythme & blues sont alors déjà approchés. 

Miles Davis… Combien de fois devrions-nous le remercier, sans rire, il aura su pousser ce style bien plus loin que ses collègues n’auraient osé le faire… Mais où en serions-nous alors aujourd’hui ?!  Le garçon était tellement ouvert que son penchant pour les expérimentations rock – guitare de Jimi Hendrix l’aura poussé à prendre rendez-vous avec ce dernier pour réfléchir à une possible collaboration… Dommage, Jimi mourra la veille de la rencontre. 

Je ne vais ni vous refaire la biographie, ni la discographie des plus grands Jazz men ayant aidé à l’envolée du Jazz, car ici on va surtout pointer du doigt le Hip-Hop. Depuis les années 90, ce style musical nous aura plus que jamais prouvé que l’alliance de ces deux genres était presque… inévitable !

Liberté, esprit rebelle et compréhension de l’autre, telles sont les connotations qui rapprochent durement le Jazz et le rap / Hip hop. Rien qu’avec leurs valeurs communes on avait déjà matière à faire. Et on dira merci aux samples (petit extrait instrumental d’un autre morceau incorporé dans le morceau en question) qui ouvriront la voie à de nouvelles possibilités.

Block Party

Après les Block Parties (soirées de quartier) de Dj Kool Herc en 1970 qui auront fait danser tout le voisinage pendant des années grâce à ses deux platines, les groupes de rap continuent de se multiplier et les tentatives d’originalité fusent dans tous les sens.

Block Party
Grand Wizard Theodore

Et pourtant ! C’est par pure inadvertance que Grand Wizard Theodore découvrira ce qu’on appelle le Scratch.

Un doigt touchera malencontreusement un disque en pleine lecture, et un tout nouveau style verra le jour. Les années passent, le scratch se voit pousser des ailes et les samples old school recouvrent la scène Hip-hop.

Du coup, le Jazz Fusion avec le Hip-hop, merci qui ?

Et bien merci au duo originaire de Boston, Gangstarr ! Il remaniera les codes et aura l’intelligence de démocratiser le Jazz à travers l’album « No More Mr Nice Guy » en 1989. La puissance de la voix de Guru et la profondeur du Jazz se mêlent alors, à la perfection. Plus de doute, il était temps pour certains autres d’en faire de même. Nous sommes en 2017, et je vous rassure, l’engouement du Hip-hop pour le Jazz n’a pas changé.

Gnag Starr

À qui on dit encore merci

La décennie qui suivra l’album de Gangstarr sera des plus fructueuses. A Tribe Called Quest sortira le presque légendaire « The Low End Theory » en 1991, qui sera certifié disque de platine et qui ancrera leur talent à tout jamais.

En 1993, Guru sort son deuxième album et premier de ses 4 volumes Jazzmatazz. On y entend Mc Solaar déposer ses impressionnantes tirades, et je ne doute pas du fait que sa dextérité à déblatérer ses pensées plus vite que son ombre a dû boucler le bec à plus d’un Nord-américain. Dans le deuxième volume même Jamiroquai sera de la partie pour réunir Hip Hop, et Jazz.

Common et « Resurrection » reconnu comme un des « meilleurs 100 albums de rap », The Roots avec « Do You Want More?!!!??! » en 1995 reconnu par les critiques comme un classique du Jazz Rap, etc… Nos piliers du Hip-hop ne s’arrêtent plus.

 

En France, c’est le groupe Hocus Pocus, présents sur la scène musicale depuis 1995 et à moitié membres de C2C, qui a toujours su jouer des deux styles. Tandis que les Dj posent des instrumentales soignées, 20syl, le rappeur, déroule ses textes tout aussi qualitatifs que la production réalisée autour. En 2002 le groupe nous prouve que le Jazz a largement sa place au sein des lignes de rap avec l’EP « Acoustic HipHop Quintet », édité grâce à leur victoire au concours MCM Session la même année.

Les cuivres

 

Non Prophets – Hope

Entre 2003 le duo américain Non Prophet revisite la trompette à sa manière dans le titre « The Cure ». De base bizarrement assez sombre et avec une cadence un peu spéciale, le génie du cuivre arrive à rendre ce morceau hypnotique et addictif. Si vous préférez malgré tout le son de la guitare classique, je vous conseille d’écouter « Tolerance Level » du même album.

Cunninlynguists.

Je préfère vous laisser le temps de bien prononcer ce nom car ce serait sympa pour vous de le retenir si vous ne les connaissez pas encore, et que vous êtes des amateurs de Hip-hop. En 2006, ce trio (toujours) américain nous produit cette perle qu’est « A Piece Of Strange », le genre d’album qu’on écoute du début, jusqu’à la fin. Je considère vraiment cette album (et même tous les autres) comme une oeuvre à part entière. La musique en tous genres est mise à l’honneur et les instruments changent constamment, les univers et les atmosphères sont juste incroyables. Revenons à nos moutons, je m’emporte. Dans l’album « A Piece Of Strange », le morceau « Beautiful Girl » fait péter les cuivres et s’inscrit comme un des morceaux les plus iconiques de l’album. Le morceau suivant est un interlude qui, en plus, sample cette fois Hip-hop, Jazz… et Rock ! Je me suffirai de ça pour vous glisser une dernière fois l’idée d’écouter toute leur discographie, oui, vraiment tout.

 Et maintenant ?

Après que le groupe français Jazz Liberatorz ait enflammé une première fois le Jazz Fusion avec son album « What’s Real » sorti en 2003 , « Clin d’Oeil » (2008) et « Fruit Of The Past » (2009) prouvent définitivement que les Jazz Liberatorz font bien partie des rois de ce mélange de genres. Ayant littéralement « saigné » ces deux derniers albums je donne une fois de plus mon approbation quant à l’écoute complète de leur discographie ! Ça coule tout seul, à fond comme en fond et c’est bien souvent apprécié.

 

Wax Tailor

 

Télérama a aussi soulevé le mouvement Jazz Fusion avec Wax Tailor en 2011 suite au Festival de Montréal.

 

 

Dans l’enregistrement, ce producteur de musique en herbe soulève l’ouverture de certains festivals de Jazz à d’autres styles de musique, et souhaitait profondément qu’à l’inverse, les festivals de rock ou autres, s’ouvrent eux aussi au Jazz. Personnellement, depuis 2013 je ne trouve toujours pas le Jazz très présent sur les scènes de festivals.. On croise toujours les doigts pour que certains artistes décident de s’ouvrir, eux d’abord, à ce style musical encore trop éloigné des préférences générales. Cependant, les affiches de festivals de Jazz se multiplient et montrent qu’en retour, ce genre continue lui de s’ouvrir.

 

Rejjie Snow

Heureusement on peut encore compter sur quelques artistes pour nous faire profiter de ce fameux mélange. Rejjie Snow, rappeur Dublinois, continue encore aujourd’hui, et ce depuis 2011, d’insérer des codes Jazz à ses morceaux. Ses deux premiers albums « Fish & Chips » et « Rejovich »  (top Itunes Hip-hop devant Kanye West et J. Cole en 2013) utilisent à chaque track aussi bien les cuivres que les claviers. Et encore aujourd’hui, son morceau « D.R.U.G.S », bien que plus dans l’air du Hip-hop actuel, continue de reprendre quelques combinaisons de piano Jazz.

2017, retour aux choses sérieuses puisque très actuelles. En février est sorti un coffret, « Blue Break Beats », regroupant l’ensemble des morceaux Jazz ayant inspiré le Hip-hop. Preuve que nos rappeurs français, comme internationaux, n’ont pas chômé depuis le temps !

Mais la vraie bonne nouvelle, c’est que nous avons notre leader du Jazz / Hip-hop pour définitivement réussir à soulever cette mixité : Robert Glasper.

Producteur, rappeur et surtout pianiste Jazz, il met à profit sa culture et sait se montrer très généreux quand il s’agit d’expliquer, et de démontrer les ressemblances entre le Jazz et le Hip Hop. Il disait déjà en 2011 « Make Jazz Cool Again ». Du coup, la chaine Youtube « Jazz Night In America » nous a offerts il y a 7 mois de ça, une vidéo de 3 minutes, présentée par Robert Glasper en personne, nous expliquant de manière hyper ludique les comparaisons entre plusieurs morceaux Jazz, et Hip-hop. Le titre ? « Jazz Is Mother Of Hip-hop ».

Allez, bonne écoute !

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